Polyphonie et dialogisme dans le discours autobiographique
Avant d’entamer les analyses des
trois textes autobiographiques que je traiterai ci-dessous, j’aimerais, en guise
de préambule, présenter quelques propos
concernant un projet de film conçu en 1943 par Jean-Paul Sartre et le cinéaste
Henri-Georges Clouzot. Les propos sont
rapportés dans le dernier Bulletin d’information
du Groupes d’Etudes Sartriennes[41]; il
s’agit de quelques commentaires de Clouzot sur ce projet de film, un «film psychanalytique
où la caméra devait représenter la conscience du héros». Voici ce qu’il en dit :
«Nous avons eu une idée : faire
un film sur ce qui, en deux heures de temps, pouvait se passer à l’intérieur
d’une conscience. C’était l’histoire
d’un petit professeur placé en face d’une responsabilité et d’une décision à
prendre. Prétexte pour montrer ce qui,
pendant ces deux heures, se déroulait dans sa tête et aussi dans son subconscient
face à l’ambiance contemporaine. Il y avait là un mélange effarant : tantôt,
l’esprit du professeur s’absentait, il ne faisait plus que voir comme nous voyons
en pensant à autre chose (...). Et dans sa tête surgissait aussi des souvenirs.
Ainsi, dans une même tête se déroulait
un monologue intérieur à plusieurs voix. Des sensations se mêlaient à un raisonnement.
Des souvenirs auditifs se mêlaient aux images présentes. (...) Sartre
et moi avons travaillé trois mois là-dessus.
Nous étions très contents de ce que nous avions fait.
Pour ne pas avoir de complexes, nous ne relisions rien.
Puis au bout de deux mois et demi ou trois mois, nous avons tout relu :
et nous avons été obligés de reconnaître que c’était très gentil, mais que personne
n’y comprendrait rien. C’est pourquoi
nous avons renoncé à tourner.» (C’est moi qui souligne.)
Dans le discours autobiographique,
comme dans tout autre discours, la question de l’intelligibilité se pose à l’énonciateur :
il sait qu’il ne peut exprimer par des mots tout ce qui se passe dans sa tête.
Il sait qu’il faut maîtriser la parole pour être compris, qu’il faut
chercher à exprimer par une voix plus ou moins claire et nette
ce «monologue intérieur à plusieurs voix» qui se déroule dans sa tête au moment
de l’écriture. Pourtant, un discours
autobiographique net et clair où il n’y aurait qu’une voix qui s’exprime laisserait les lecteurs attentifs sur leur
faim malgré l’intelligibilité apparente : nous ne lisons guère pour comprendre
les paroles au premier degré mais pour comprendre ce qui se cache derrière elles.
Par conséquent, la question de la «maîtrise» de la parole dans le discours
autobiographique nous mène droit au centre d’intérêt de l’analyse de ce genre
littéraire : le conflit permanent ou plutôt le dialogue
intérieur permanent entre énonciateur et énoncé, la tension entre ce qui
ce passe dans une conscience et ce qui se laisse exprimer de façon plus ou moins
intelligible par des paroles.
Nous allons voir comment trois écrivains
font face à ce problème dans trois textes que l’on pourrait appeler, selon la
classification générique plus ou moins établie de ces ouvrages, respectivement
une autobiographie : Les Mots
de Jean-Paul Sartre, un roman autobiographique : Les Mots pour les dire de Marie Cardinal,
et une «autofiction»[42] :
Le livre brisé de Serge Doubrovsky.
La question de «maîtrise» de la parole est affrontée de manière différente
par chacun des ces écrivains ; pour simplifier on pourrait dire que la
maîtrise se veut absolue chez Sartre, qu’elle est délibérement réduite chez
Cardinal et qu’elle est abandonnée chez Doubrovsky.
Cependant, une maîtrise qui se veut absolue ne l’est pas nécessairement,
nous le verrons dans une brève analyse de quelques extraits des Mots.
En ce qui concerne Marie Cardinal, la réduction délibérée de la maîtrise
absolue de la parole dans une partie de son texte offre sans doute une certaine
liberté d’interprétation au lecteur. Mais
dans le roman de Cardinal, on peut difficilement parler de plusieurs voix de
narrateur indépendantes telles qu’on les rencontre, selon moi, dans l’autofiction
de Doubrovsky.
*
Afin de pouvoir repérer ces voix
de narrateur - indépendantes ou non
- dans le discours autobiographique, établissons une distinction entre deux je du
narrateur autodiégétique[43] :
le je narrant et le je narré. Le je narrant, c’est celui
qui narre, qui raconte : c’est l’autobiographe en train d’écrire l’histoire
de son passé, tandis que le je narré,
c’est le protagoniste de cette histoire racontée, de ce vécu. Dans Les
Mots, le je narrant est donc l’écrivain
Jean-Paul Sartre en train de rédiger le récit de son enfance, tandis que le
je narré est à la fois Sartre, adulte,
jusqu’au moment de la rédaction en cours, et le petit Jean-Paul, nommé
Poulou, l’enfant que fut Sartre jusqu’à
l’âge de douze ans environ. Au niveau de la perspective du narrateur, le
cas normal d’une autobiographie est en principe celui que l’on trouve dans Les Mots : la dominance apparemment
complète du je narrant sur le je narré, de celui qui écrit sur celui
qui est décrit, notamment sur l’enfant représenté par le je narré. Les réactions et
réflexions du petit Jean-Paul, appelé Poulou, sont clairement formulées par
l’écrivain adulte : elles sont choisies par l’adulte pour être revécues à travers
ses yeux.
Dans un article sur Les Mots
qui précède d’un an la publication du Livre
brisé, Serge Doubrovsky maintient que Sartre s’est «refait une enfance sur
mesure philosophique» (1988 : 126). A
en croire Doubrovsky, il y a toujours, dans une autobiographie à la sartrienne,
«mainmise explicative non seulement sur les sentiments, mais sur les événements
de l’existence brute, clarification ultime d’un vécu opaque par le lucidité
théorique. Avec cette conséquence inévitable
que, sur le plan de l’écriture, la
posture de l’énonciation récupère, s’approprie toutes les positions et propositions
de l’énoncé » (loc. cit., c’est l’auteur
qui souligne).
Nous allons voir qu’indirectement,
Doubrovsky réfutera la valeur générique plus générale d’une telle thèse par
la publication du Livre brisé, où
justement il n’y a pas d’énonciation finale ou globale qui «s’approprie toutes
les positions et propositions de l’énoncé».
Je m’expliquerai plus loin. D’abord
nous regarderons quelques passages des Mots où la mainmise explicative du je narrant sur les sentiments du je narré est certainement indiscutable, mais où la maîtrise apparente
de la parole par le je narrant n’est
point sans faille. Ensuite je commenterai
deux extraits des Mots pour le dire, extraits qui traitent les mêmes événements de l’enfance
du protagoniste de deux façons différentes, où il y a donc deux versions du
vécu du je narré où l’une nécessairement
est à comprendre comme fausse et l’autre comme vraie. Et finalement nous étudierons
deux passages du Livre brisé, qui
montrent une opposition d’énoncés laissée ouverte, sans récupération de la maîtrise
absolue de la parole par le je narrant. A ce propos,
il va falloir considérer une spécificité de ce texte particulier du «genre»
doubrovskien d’autofiction, le temps
de la narration, une position temporelle que l’on pourrait appeler avec Genette
«narration intercalée» (1972 : 229), appellation réservée par Genette
aux romans épistolaires et journaux intimes notamment.
*
Commençons par quelques extraits
des Mots qui traitent la mort du père
du narrateur-protagoniste :
«La mort de Jean-Baptiste fut la
grande affaire de ma vie : elle rendit à ma mère ses chaînes et me donna la
liberté.
Il n'y a pas de bon père, c'est la
règle ; qu'on n'en tienne pas grief aux hommes mais au lien de paternité qui
est pourri. (...) Eût-il vécu, mon père se fût couché sur moi de tout son long
et m'eût écrasé. Par chance, il est
mort en bas âge (...) ; j’ai laissé derrière moi un jeune mort qui n’eut pas
le temps d’être mon père et qui pourrait être, aujourd’hui, mon fils. Fut-ce un mal ou un bien ? Je ne sais, mais je souscris volontiers au
verdict d’un éminent psychanalyste : je n’ai pas de Sur-moi.
Ce n'est pas tout de mourir: il faut
mourir à temps. Plus tard, je me fusse
senti coupable ; un orphelin conscient se donne tort : offusqués par sa vue, ses parents se sont retirés
dans leurs appartements du ciel. Moi,
j'étais ravi (...). J'ai vendu (ses)
livres : ce défunt me concernait si peu. (...) S'il m'a aimé, s'il m'a
pris dans ses bras, s'il a tourné vers son fils ses yeux clairs, aujourd'hui
mangés, personne n'en a gardé mémoire : ce sont des peines d'amour perdues.
Ce père n'est pas même une ombre, pas même un regard : nous avons
pesé quelque temps, lui et moi, sur la même terre, voilà tout" (p. 18-20).
Ce «voilà tout» surprend : le cri muet et probablement refoulé
de l’orphelin de père se cache à peine dans le double langage de ces passages. Ne serait-ce que la métaphore liée au poids du père ; du moins contredit-elle indirectement l’idée
d’un père qui soit «pas même une ombre, pas même un regard» :
«Eût-il vécu, mon prère se fût couché sur moi de tout son long et
m’eût écrasé» (p. 18, c’est moi qui souligne).
J’ai dit «cri muet et probablement refoulé d’orphelin de père»,
parce que même si le narrateur paraît sincère, rien n’exclut la possibilité
qu’en écrivant ces lignes, Sartre ne se soit livré à une confrontation avec
ses fantasmes paternels suffisamment obscurs - pour lui-même - pour qu’il ait
voulu laisser au lecteur le soin d’en tirer les conclusions nécessaires. Son dialogisme
sera alors une invitation pour le lecteur
à participer à la création de l’œuvre, selon les formules sartriennes que l’on
connaît de «Qu’est-ce que la littérature ?»[44]. Mais à en croire ce narrateur «ravi» ayant
«vendu» son héritage paternel (métonymiquement identifié aux livres vendus),
il n’y aurait rien de moins problématique que la relation entre l’orphelin et
l’image - ou le vide - laissés par le
père précocement disparu. Avons-nous
à faire donc à un narrateur naïf ou superficiel en ce qui concerne sa propre
situation psychologique, et s’il est naïf dans ce domaine, s’agit-il d’une naïvité
voulue ou involontaire?
Rappelons à ce propos une phrase
du passage cité ci-dessus, une assertion qui a suscité de longs débats entre
sartrologues et qui peut-être a été prise un peu trop au sérieux par bien des
critiques : «je souscris volontiers au verdict d’un éminent psychanalyste :
je n’ai pas de Sur-moi « (p. 19).
A mon avis, il y a, au moins, une
lecture alternative à faire de cette assertion. Ou bien on peut y voir une complaisance fière de Sartre qui commente
sa propre situation d’orphelin de père, complaisance impliquant une sorte de raillerie triomphante
d’une discipline - la psychanalyse - que l’auteur a fortement critiquée dans
d’autres contextes. Ou bien la citation
en question traduit-elle une réelle angoisse qui serait camouflée par cette
référence à une autre voix que la
sienne, une voix d’autorité qui enlève au narrateur la responsabilité de l’analyse,
une voix avec laquelle il entretient un dialogue complaisant. Le verdict n’est pas de lui, mais il y souscrit
volontiers. Donc, apparemment pas de
discorde, mais le lecteur un peu averti ne peut pas ne pas sentir que tout n’est
pas dit, loin de là, et que cette petite citation contient plutôt une confrontation
de voix discordantes qu’un accord harmonieux entre la voix de l’autorité scientifique
et celle du narrateur.
Une question qui devrait nous intéresser
particulièrement dans le contexte de ce colloque, serait donc de savoir si l’on
peut parler de polyphonie dans le dialogisme que je viens de commenter ?
Y a-t-il une voix véritablement autre :
celle de l’éminent psycanalyste, et est-ce que la voix du narrateur s’y confronte ?
Entend-on des voix plus ou moins égales s’opposer, y a-t-il, pour citer
Bakhtine sur Dostoïevski, une voix «capable
de prendre place à côté de( son) créateur,
de le contredire et même de se révolter contre lui»[45] ?
Selon moi, nous avons affaire à un
exemple assez classique de manque de compréhension de sa propre situation psychologique
de la part du narrateur, ce qui est d’ailleurs plutôt typique du discours autobiographique
en général, mais on peut difficilement
qualifier de polyphonie un tel double discours : il y a quand même une
voix (celle qui a la parole) qui domine l’autre (qui dépend, elle, entièrement de l’interprétation
que fait le lecteur des paroles de la voix dominante). Disons plutôt qu’il s’agit d’un dialogisme à la fois non-intentionnel et intentionnel,
à la fois intérieur et dirigé vers la participation active du lecteur.
*
Passons alors au paragraphe final
des Mots, et regardons-en notamment
les deux dernières phrases, le vrai explicit
du texte:
«Ce que j’aime en ma folie, c’est
qu’elle m’a protégé, du premier jour, contre les séductions de l’‘élite’ :
jamais je ne me suis cru l’heureux propriétaire d’un ‘talent’ : ma seule
affaire était de me sauver - rien dans les mains, rien dans les poches - par
le travail et la foi. Du coup ma pure
option ne m’élevait au-dessus de personne : sans équipment, sans outillage
je me suis mis tout entier à l’œuvre pour me sauver tout entier. Si je range l’impossible Salut au magasin des
accessoires, que reste-t-il ? Tout un
homme, fait de tous les hommes et qui les vaut tous et que vaut n’importe qui»
(p. 206).
Dans un article de 1980[46], Jane P. Tompkins maintient qu’il y a une opposition
presque totale entre ce qui est dit dans cet explicit et ce qui est le sens
de tout ce qui le précède, c’est-à-dire la quasi-totalité du texte. J’ai discuté l’article de Tompkins ailleurs[47],
et je ne reprendrai guère mon argumentation ici. J’aimerais seulement présenter
un des points principaux de Tompkins pour commenter ensuite quelques implications
qui, selon moi, résultent du dialogisme fondamental du discours autobiographique
Selon Tompkins, la phrase finale
du texte, où Sartre conclut en disant qu’il est un homme «que vaut n’importe
qui», cette phrase est contredite par l’ensemble du texte qui les précède, à
la fois par le procès impitoyable intenté par Sartre à son enfance, à son entourage
bourgeois mais notamment à lui-même en tant qu’enfant, et par le style brillant
dans lequel ce procès est décrit, style qui fait que l’auteur se présente devant
ses lecteurs comme quelqu’un de très différent de la plupart d’entre eux, comme
quelqu’un qui serait à la fois quasi le meilleur et le pire des hommes, et en
tous cas non pas comme un homme «que vaut n’importe qui».
A mon avis, Tompkins n’a pas tout à fait tort : il
y a entre les prétentions égalitaires de l’explicit et l’autoflagellation brillante
de la globalité du texte une contradiction apparente. Mais je me demande si cette contradiction n’est
pas une autre expression de la contradiction fondamentale de ce projet autobiographique
et littéraire de Sartre : d’écrire une autobiographie qui n’en serait pas une,
en forme d’un adieu à la littérature. Comme
on le sait, le résultat est non seulement le texte sans doute littérairement
le plus réussi de Sartre mais aussi un texte autobiographique fascinant en tant
qu’autobiographie, et qui constitue en même temps une véritable parodie du genre !
Il suffit de voir les réactions extrêmement divergeantes des critiques
au moment de la parution en 1963 et 1964 ainsi que les applaudissements du comité
Nobel de Stockholm. Si à peu près tout
le monde est d’accord pour qualifier Les
Mots de réussite littéraire, le livre sera interprété par les uns comme
un désengagement idéologique et par les autres comme une attaque virulente de l’idéologie bourgeoise et de son mythe littéraire.
Nous venons de le voir à propos de l’autocompréhension du narrateur :
il y a une sorte de «double langage» qui caractérise ce texte. Un tel double langage se laisse cependant difficilement
qualifier de polyphonie dans le sens bakhtinien du terme, c’est-à dire comme
une situation où des voix égales et indépendantes se trouvent en confrontation.
*
Passons maintenant au deuxième texte
autobiographique, le roman Les Mots pour
le dire de Marie Cardinal. Ce texte
s’inspire de l’expérience qu’a vécue l’auteur pendant sept ans de psychanalyse.
C’est un roman raconté à la première personne par une narratrice qui
est bien la protagoniste du texte et qui, dans son vécu, ressemble beaucoup
à l’auteur, mais qui n’a pas de nom propre dans le texte.
On pourrait la comparer au protagoniste du premier roman de Knut Hamsun, Sult,
où le protagoniste n’a pas de nom, mais où il raconte, à la première personne,
une expérience très proche de celle que l’on sait vécue par l’auteur. Il s’agit donc d’un roman d’une forte inspiration
autobiographique, voire d’un roman autobiographique tout court, mais non pas
d’une autobiographie, précision générique soulignée d’ailleurs par l’auteur
au cours de maintes interviews[48].
Dans Les Mots pour le dire, il y a clairement un «jeu des je» assez important, un jeu et une relation
parfois très subtils entre le je narrant
er le je narré, entre celle qui raconte
et celle qui vit ce qui est raconté. Ce que j’aimerais commenter dans le cadre de
cet exposé, c’est la façon choisie par
la narratrice pour raconter un événement crucial dans sa vie, celui qu’elle
nomme «la saloperie de ma mère». Il
s’agit de la scène où la mère de la narratrice explique à sa fille que celle-ci
est le résultat d’un avortement raté, qu’elle - sa mère - avait fait tout
ce qu’elle pouvait pour se débarrasser de ce fœtus non souhaité, ce fœtus qui
par la suite est devenu une petite fille traumatisée, une femme adulte subissant
une psychanalyse de sept ans, et enfin la narratrice autodiégétique du roman
que l’on est en train de lire.
C’est dans le chapitre 7 du roman
que cet événement - la «saloperie de ma mère» - est présenté, dans deux versions
radicalement différentes. D’abord dans
un cadre superbement harmonieux et tranquille : sur 25 pages (p. 107 -132),
nous assistons à une conversation entre mère et fille sur quelques aspects du
changement physique de petite fille en jeune fille, notamment
la possibilité catastrophique d’une grossesse hors mariage, et sur la
mésalliance qu’avait été pour la mère le mariage avec le père de la fille.
Nous apprenons les raisons du divorce, entre autres la mort tragique
du premier enfant du couple, et enfin est abordée la situation vécue comme inacceptable
par la mère : au moment du divorce elle se trouva enceinte de nouveau,
enceinte donc de la petite fille qu’elle a en face d’elle, une grossesse absoluement
pas souhaitée.
A ce moment-là de la lecture, au moment où le lecteur a été bien préparé
à comprendre le choc et la détresse de la petite fille en train d’écouter ces
paroles plus que dures de sa mère («la saloperie de ma mère»), nous lisons le
développementsuivant:
«A la vérité, cela ne s’est pas passé
comme ça. Nous n’étions pas à la ferme,
dans le salon, en face d’un feu de bois. Tout son monologue, toutes les précisions, les révélations et les
instructions qu’elle me donnait sur la condition des femmes, sur la famille,
sur la morale, sur l’argent, c’est dans la rue qu’elle me les débitait. (...)
Nous étions dans la rue, une rue du centre pleine de passants, de bruit. Ce que je voyais, car je baissais la tête pendant
qu’elle parlait, c’était les dalles de ciment du trottoir et, sur ces dalles,
les résidus de la ville : de la poussière, des crachats, de vieux mégots, de
la pisse et de la crotte de chiens. (...) A chaque fois que je repensais à cette
scène, je chassais la rue. Je créais
un cadre rassurant pour soutenir le souvenir de cet unique entretien avec ma
mère. Je me remémorais souvent son discours
et, au cours des années, j’élaborais un décor dans lequel j’avais des prises
et des possibilités d’évasion. Je me rappelais ses moindres mots, les moindres
intonations de sa voix, les moindres expressions de son visage aperçues à chaque
fois qu’un silence trop long me faisait lever la tête vers elle, pour voir où
elle en était. Mais je ne voulais à
aucun prix me rappeler que nous étions dans la rue. Cela devenait alors insupportable pour moi»
(p. 132-133).
La narratrice nous donne donc son
explication de la première mise en scène, la fausse, en établissant la version
«correcte», la version «vraie». Je mets
«correcte» et «vraie» entre guillemets, pour que l’on n’oublie pas que nous
sommes dans un cadre romanesque, que les deux versions ont leur part de la vérité,
et que, comme dans tout roman, il s’agit d’une vérité psychologique et non pas
factuelle ou référentielle. Le je narrant a choisi d’opposer deux scénarios
pour que nous comprenions mieux la situation psychologie du je narré. Cependant, il n’y a pas entre ces deux versions d’opposition sans
solution ou de confrontation aux armes égales : le je narrant nous dit qu’il y a une version «vraie» et une version »fausse».
Par conséquent, il n’y a pas de polyphonie bakhtinienne dans ce passage du texte, mais on pourrait
parler d’un dialogisme qui invite
le lecteur à juger lui-même, à se poser des questions concernant la motivation
de cette mise en scène de la part de la narratrice autodiégétique. Mais il y a tout de même une sorte de récupération
de la maîtrise absolue de la parole : après l’avoir partiellement ou temporairement
cédée, le je narrant la récupère et
nous donne son explication de la double mise en scène de cet événement, double
mise en scène qui ne constitue pas une véritable confrontation à armes égales
de deux voix de narratrice opposées l’une à l’autre.
Clairement il y a chez Cardinal,
comme le dit Doubrovsky à propos de l’autobiographie sartrienne, une sorte de
«mainmise explicative non seulement sur les sentiments, mais sur les événements
de l’existence brute, clarification ultime d’un vécu opaque par la lucidité
théorique.» Marie Cardinal invite le
lecteur à dialoguer, et à travers une mise en récit double, elle expose un dialogue
intérieur qu’a vécu le je narré par rapport à un événement crucial de sa vie,
«la saloperie de (sa) mère». Mais le
je narrant rétabliera les «faits»,
et le dialogisme du texte en sera perdant. Pour cette raison, et parce que le
double langage ainsi que l’emploi de l’ironie, notamment l’auto-ironie, caractérisent
nettement moins le texte global de Cardinal que celui de Sartre, je suis enclin
à juger Les Mots plus dialogiques,
plus polysémiques et plus ouverts à l’interprétation individuelle du lecteur
que ne le sont Les Mots pour le dire,
malgré la prétendue maîtrise absolue de la parole de la part du narrateur sartrien.
Mais ni dans l’un ni dans l’autre on ne peut trouver, selon moi, une
vraie confrontation de voix égales, où l’une ne domine pas ni recupère
l’autre. Il faut passer au troisième
des textes choisis pour rencontrer ce que l’on pourrait appeler une polyphonie du discours autobiographique.
*
Avant de laisser la parole au narrateur
du dernier chapitre du Livre brisé de
Serge Doubrovsky, il nous faut dire quelques mots sur le contexte référentiel tout à fait extraordinaire
et tragique de l’extrait. Ilse, la
femme de l’auteur et protagoniste avec lui de cette autofiction, vient de mourir
brutalement d’overdose d’alcool peu de temps après avoir lu quelques pages extrêmement
dures envers elle dans le manuscrit du livre alors en cours et qui sera publié
sous le titre Le livre brisé. Voici donc,
à ce moment plus que difficile qui sera le point de départ de la deuxième partie
du livre, quelques réflexions du narrateur autodiégétique :
«Un livre, comme une vie, se brise.
Ma vie, mon livre sont cassés net.
Ilse est morte brusquement.
Je suis soudain frappé au cœur.
Ma femme de chair, mon personnage
de roman, mon inspiratrice, ma lectrice, mon guide, mon juge. Ma compagne d’existence et d’écriture m’a quitté.
En pleine force de l’âge. En pleine force de notre amour. Au dernier chapitre de notre livre.
Un livre que nous avions fait à deux,
comme un enfant. Dans une longue, immense,
cruelle tendresse. Je suis mutilé de
ma moitié.
L’autre, effondrée, écrasée, est
inerte. Elle n’aspire plus qu’au silence,
ce silence où la mort hurle.
Mais l’écrivain n’a pas le droit
de se taire. Il faut poursuivre la tâche,
terminer l’œuvre. L’écrivain est la
part inhumaine de l’homme. Son au-delà.
Ilse m’a donné sa vie, pour que notre
livre soit. Je le lui dois.
Elle me l’ai donnée, comme elle s’est
toujours donnée : tout entière, sans réserve, pauvretés et grandeur pêle-mêle.
Un être de passion n’a point de prudences.
Elle m’a dit : tiens, voilà
ma vie, et la tienne, et leur enchevêtrement inextricable, et leur emmêlement
de joies, et leur entrelacs de tortures, c’est à toi, tisse ton texte.
Elle s’était lancé ce défi allègre
et douloureux : que nous entrions ensemble, vivants, dans l’écriture. L’autobiographie est un genre posthume. Elle voulait de nous un récit à vif.» (p. 311).
Nous allons tout de suite regarder
un extrait d’un tel récit à vif ; il s’agira en effet d’une discussion
littéraire in vivo, d’une discussion
du projet littéraire qui est en train de prendre forme à la fois dans la tête
du je narré sous l’inspiration, voire
le défi, de sa «compagne d’existence et d’écriture» et sous la plume du je narrant, mais un je narrant autre - je m’expliquerai
plus loin - que celui qui domine la
citation ci-dessus :
«Dire la vérité sur la vie vraie,
la quotidienne, la réelle... Difficile,
peut-être impossible.
- Justement, essaie. Tu t’es pas mal déballé dans Un amour de soi, ça n’a pas l’air de te
faire peur...
- Pas du tout pareil ! L’histoire
avec Rachel, quand j’ai publié mon bouquin, cela faisait quatre ans qu’elle
était enterrée. On peut tout dire, du
moment que c’est passé. Le présent,
voilà le problème, parce qu’il engage l’avenir. Il y a déjà assez de difficultés entre nous :
si j’y ajoute encore celle de les raconter !
- Michel Contat a écrit que, dans
tes romans, tu reculais ‘les limites du dicible’... Eh bien, recule-les encore !
Peux plus reculer. Ma femme me tient. Elle m’a jeté son défi à la figure. Je suis coincé. Salement
pris dans un dilemme. Je la connais.
Maintenant que sa jalousie est déchaînée, qu’entendre parler de mes dulcinées
d’antan la hérisse, si je continue. Je
suis bon pour des scènes vocéfirantes en série, engueulades sur hurlements,
reproches à la queue leu leu, réprimandes d’affilée, toujours
ton Elisabeth, toujours ta Rachel, toujours les autres, ET MOI ? Inutile de lui expliquer que, justement, si
j’écris, c’est pour tuer une femme par livre.
Elisabeth dans la Dispersion. Rachel dans Un amour de soi. Ma mère dans
Fils. Lorsqu’on a raconté, on liquide et ça s’en va. On accole des centaines de milliers de signes
pour effacer» (p. 50, c’est l’auteur qui souligne).
J’ai dit : un je narrant autre que celui
de la citation précédente, et par le qualificatif autre j’entends un je égal et
indépendant par rapport au je
narrant de la partie finale du livre. Je
m’explique : dans cette partie finale, constituée d’une centaine de pages
intitulées «Disparition», le je narrant
a «mainmise explicative non seulement sur les sentiments, mais sur les événements
de l’existence brute, clarification ultime d’un vécu par la lucidité théorique,
» pour citer Doubrovsky sur Sartre (voir supra). Le narrateur autodiégétique
connaît, autant que l’on peut, la fin de l’histoire qu’il est en train de raconter
et commenter : tout ce qu’il dit sur lui-même et sur sa femme Ilse est
vu dans la perspective de la mort brutale de celle-ci. Je continue la citation de Doubrovsky sur Sartre :
”Avec cette conséquence inévitable que, sur le plan de l’écriture, la posture de l’énonciation récupère, s’approprie
toutes les positions de l’énoncé”.
Conséquence inévitable ? Normalement oui, mais Le livre brisé n’est point un livre «normal». Le co-protagoniste de cette «autofiction au
présent» meurt avant que le livre soit terminé, et l’auteur décide de le publier
sans en refaire la première partie. Le
je narrant de cette partie-ci sera donc un je
d’une narration intercalée[49],
et, notons-le, non pas d’une narration intercalée fictionnelle ou le je prétend
ne pas connaître la fin de l’histoire, non plus d’une narration intercalée non-fictionnelle
(par exemple d’un journal intime) où le texte a été revu par l’auteur avant
la publication. Il s’agit d’une narration intercalée autofictionnelle
où le je narrant de la première partie
ne connaît pas la fin de l’histoire globale, où il y n’a qu’une récupération
partielle de la parole du je narré par le je narrant,
parce que les implications des paroles de la première partie du texte changent
à la suite de l’événement tragique et imprévu, la mort du deuxième protagoniste.
L’appropriation, sur le plan de l’écriture, des positions et propositions
de l’énoncé par la posture de l’énonciation, n’a plus du tout l’effet prévu
par le «premier» je narrant, ce qui mène l’auteur à faire
la confidence suivante, trois ans après la publication de son livre[50] :
«Je dois avouer qu’en me relisant
sur épreuves, pour la première fois, mon texte m’est tombé des mains. Il m’a sidéré. La formule ‘si j’écris, c’est pour tuer une femme par livre’ (p.
50) m’est restée fichée dans la gorge « (1993 : 216).
Doubrovsky insiste à ce propos, comme
il le fait dans une interview inédite référée par Hélène Jaccomard[51],
sur le fait qu’il n’a pas récrit la première partie de son texte après coup.
C’est un je narrant qui n’aura pas le dernier mot qui s’exprime dans la première
partie du Livre brisé, un je narrant qui illustre bien l’observation
déjà citée plus haut : «On peut tout dire, du moment que c’est passé.
Le présent, voilà le problème, parce qu’il engage l’avenir» (p. 50).
Evidemment, tout autobiographe engage l’avenir au moment de l’écriture,
car, comme Georges Gusdorf le dit avec pertinence :
«l’autobiographie est un moment de
la vie qu’elle raconte ; elle s’efforce de dégager le sens de cette vie,
seulement elle est elle-même un sens dans cette vie. Une partie de l’ensemble prétend refléter l’ensemble, mais elle
ajoute quelque chose à cet ensemble dont elle constitue un moment»[52].
La narration rétrospective typique
de l’autobiographie «cache» cependant ce procès en créant un discours où le je
narrant fait de son mieux pour garder le contrôle, pour obtenir la maîtrise
absolue de la parole. L’autofiction
du Livre brisé évite ce piège par sa narration
intercalée et par le fait que le je
narrant du dernier chapitre ne révendique pas la maîtrise globale du texte. En d’autres mots, l’auteur ne se met pas à
corriger ce qui est devenu plus ou moins incompatible
avec la conclusion du livre, où le narrant garde le ton et la position pathétiques
qui domine le passage cité qui ouvre cette dernière partie du livre.
C’est un ton totalement différent de celui qui caractérise toute la première
partie, où dominent la désinvolture et la fascination de la formule choquante
mais littérairement réussie (telle la fameuse : «si j’écris, c’est pour
tuer une femme par livre»). On pourrait
dire que le je narrant de la dernière
partie laisse au je narrant de la
première partie la responsabilité de ce qui a été sa position au moment de l’écriture.
En conséquence, Doubrovsky a publié
un texte où la voix du je narrant de la première partie est indépendante
et véritablement égale à celle de la
dernière partie, grâce à la narration intercalée et à l’abstention de «révision
de la copie» après coup. Je cite la
prière d’insérer de Doubrovsky pour Le livre brisé :
«Entre mes mains, mon livre s’est
brisé, comme ma vie. Je me suis alors
aperçu, avec horreur, que je l’avais écrit à l’envers. Pendant quatre ans, j’ai cru raconter, de difficulté
en difficulté, le déroulement de notre vie, jusqu’à la réconciliation finale.
Mon livre, lui, à mon insu, racontait, d’avortements en beuveries, l’avènement
de la mort»[53]
C’est là un phénomène du discours
autobiographique que l’on pourrait classer comme polyphonie, sans prétendre
rendre justice à toutes les implications, loin de là, du concept bakhtinien, conçu pour l’analyse d’un autre type de textes
littéraires : les romans de Dostoïevski[54]. Mais contrairement aux auteurs des deux autres
textes autobiographiques traités dans cet exposé, Doubrovsky, tout comme Dostoïevski, abandonne
consciemment la maîtrise absolue de la parole.
Bien que Sartre introduise d’autres
voix que la sienne, telle celle de l’»éminent psychanalyste», dans son discours
autobiographique, son je narrant s’approprie
toutes les positions de l’énoncé au travers de sa domination de la globalité
du texte. Le je narrant des Mots pour le dire domine, lui aussi, tout son texte, et les deux mises en scène, ou si l’on veut, les
deux mises en texte, de «la saloperie de ma mère», ne s’opposent pas vraiment,
à cause de la récupération de la parole par le seul et même je narrant. Doubrovsky, par contre, laisse s’exprimer, sans intervention ou
récupération, une voix autre que la
voix dominante, avec le même poids et la même indépendance que celle-ci, et
avec un résultat qui surprend apparemment l’auteur autant qu’il choque les lecteurs.
Je répète la dernière phrase de la prière d’insérer en en soulignant
trois mots capitaux : «Mon livre, lui, à
mon insu, racontait, d’avortements en beuveries, l’avènement de la mort».
Le livre brisé est un texte qui se révolte contre son créateur, un texte constitué de
plusieurs voix égales, à savoir deux je
narrants qui se confrontent de manière polyphonique dans un dialogisme où il
n’y a pas de maîtrise absolue de la parole.
Le je qui normalement s’approprie
toutes les positions de l’énoncé se trouve pris dans un «jeu de je narrants» qui sera un élément constitutif
- et subversif - de cette autofiction, notamment à travers ce qui
est nouveau dans Le livre brisé par
rapport aux précédentes autofictions doubrovskiennes : la
narration intercalée.
BIBILIOGRAPHIE
Bakhtine, Mikhaïl (1970) : La Poétique de Dostoïevski (Moscou 1929/1963 ;
trad. fr. Paris, Seuil)
Cardinal, Marie (1975) : Les Mots pour le dire (Paris, Grasset ;
éd. Le livre de poche 1996)
Cardinal, Marie (1977) : Autrement dit (Paris, Grasset)
Contat, Michel (réd.) (1998) :
Bulletin d’information du Groupe d’Etudes
Sartriennes, No12, juin 1998 (Paris ; 9, rue Val-de-Grâce, 75005)
Doubrovsky, Serge (1977) : Fils (Paris, Galilée)
Doubrovsky, Serge (1988) : «Sartre :
retouches à un autoportrait». In
Doubrouvsky, S. Autobiographiques
de Corneille à Sartre (Paris, PUF)
Doubrovsky, Serge (1989) : Le Livre brisé (Paris, Grasset)
Doubrovsky, Serge (1993) : «Textes
en main». In Doubrovsky S., Lecarme, J., Lejeune
P. (réd) : Autofictions & Cie (Paris, Université
Paris X, RITM 6)
Genette, Gérard (1972) : Figures III (Paris, Seuil)
Gusdorf, Georges (1956) : «Conditions
et limites de l’autobiographie». In Reichenkron, G. & Haase, E.
(herausgegeben von) : Formen der
Selbstdarstellung. Analekten zu einer
Geschichte des literarischen
Selbstporträts. Festgabe fur Fritz Neubert
(Berlin)
Holm, Helge Vidar (1994) : «Autobiographie
romanesque ou roman autobiographique ? Le cas des Mots de
Sartre». In Boysen, Gerhard (réd.) :
Actes du XIIe Congrès des romanistes scandinaves
(Aalborg, Aalborg University
Press)
Jaccomard, Hélène (1993) : Lecteur et lecture dans l’autobiographie française
contemporaine (Genève, Droz)
Lejeune, Philippe (1975) :
Le Pacte autobiographique (Paris,
Seuil)
Sartre, Jean-Paul (1948) : «Qu’est-ce
que la littérature ?» In Sartre, J.-P. : Situations, II (Paris, Gallimard)
Sartre, Jean-Paul (1964) : Les
Mots (Paris, Gallimard ; éd. Folio 1997)
Tompkins, Jane P. (1980) : «Sartre
Resartus: A Reading of Les Mots». In
Romanic Review 76 (No 1, 1980)
[41] Contat 1998 : 6
[42] Terme ainsi définie par son inventeur :
«Fiction, d’événements et de faits strictement réels ; si l’on veut,
autofiction, d’avoir confié le langage
d’une aventure à l’aventure du langage, hors sagesse et hors syntaxe du
roman, traditionnel ou nouveau» (Doubrovsky 1977 : 4e de couverture).
[43]
Le
terme autodiégétique signifie
que le narrateur est présent comme
personnage principal dans l’histoire qu’il raconte (voir Genette 1972 :
253).
[44] Telle celle-ci : «L’opération
d’écrire implique celle de lire comme son corrélatif dialectique et ces
deux actes connexes nécessitent deux agents distincts. C’est l’effort conjugué de l’auteur et du lecteur
qui fera surgir cet objet concret et imaginaire qu’est l’ouvrage de l’esprit.
Il n’y a d’art que pour et par autrui» (Sartre 1948 : 93).
[45] Bakhtine 1970 : 32
[46] «Sartre Resartus: A Reading of Les Mots» in Romanic Review 76, No 1, 1980
[47] Voir Holm 1994
[48] Voir p. ex. les entretiens avec Annie Leclerc
dans M. Cardinal, Autrement dit
(1977). En outre, comme l’identité
de nom n’est pas formellement établie entre auteur et narrateur (la narratrice
n’ayant pas de nom) et que la mention d’autobiographie ne figure pas sur
la couverture du livre ni ailleurs dans le paratexte, Les Mots pour le dire ne sont pas une autobiographie selon les critères
génériques établies par Philippe Lejeune en 1975 dans Le Pacte autobiographique.
[49]
Selon
G. Genette (1972 : 229), il faut, au niveau de la position temporelle du
narrateur, distinguer entre quatre types de narration : ultérieure (position classique du récit
au passé), antérieure (récit prédicatif,
généralement au futur), simultanée
(récit au présent contemporain de l’action) et intercalée (entre les moments de l’action).
[50] Dans une communication intitulée «Textes en
main», donnée à un colloque à Nanterre en novembre 1992 et publiée l’année
suivante. Voir Doubrovsky 1993.
[51]
Jaccomard
1993 : 272, note 4
[52]
Gusdorf
1956 : 118
[53]
Cité
sur la quatrième de couverture.
[54]
Voir
Bakhtine 1970